Effacez les uns et les autres, les immeubles et les voitures, les rues pavées et les baies vitrées, les métros et les quais, les étalages et les gondoles… Effacez tous les supports… Effacez les couleurs également. Superflues…
Remplacez le tout par du noir. Que reste-t-il ?
Kapitaal est un court-métrage de Ton Meijdam, Thom Snels & Béla Zsigmond. Il a été produit par le studio Smack pour le musée de Beyerd Breda aux Pays-Bas.
Nous pensons, estimons, croyons, affectionnons tout particulièrement, avons horreur, éprouvons, méprisons, adorons, et même parfois kiffons grave. En un mot comme en cent - voire mille : nous ressentons. En toute subjectivité. Et chacun exprime ceci cela à tour de bras. Rien de plus qu’un grand fatras. Tout ce petit monde agite les bras en attendant la fin. Et tout cela s’égare chaque jour, par paquets entiers, dans les méandres du réseau mondial. Jonathan Harris et Sepandar Kamvar ont décidé de s’intéresser à tout ça. We Feel Fine parcourt les blogs anglophones à la recherche des sentiments des rédacteurs. Ce moteur étonnant répertorie également, quand c’est possible, diverses informations liées à la personne (le genre, l’âge, le pays, les conditions climatiques). Les données sont présentées sous forme de constellation de particules - chaque petit point étant un petit être quelque part sur cette Terre et qui ressent quelque chose. On a le choix entre se confronter au chaos affectif de la planète ou affiner sa lecture, soit en modifiant l’interface soit à l’aide de critères basés sur les données sociologiques, géographiques et climatiques recueillies. Au moment de la rédaction de cette article, seuls quelques hommes sont tristes aux États-Unis alors qu’il fait beau ; un seul homme a peur au Brésil. Pendant ce temps-là, aucune femme ne se sent heureuse à Kaboul.
L’aut’ jour, mon pote m’a dit que la cousine de sa voisine, elle casse des noix avec son trou d’balles. J’te promets. Y m’a dit qu’il l’avait vu faire la dernière fois. A peu de chose près, il s’agit là d’une légende urbaine. Une histoire qui, grâce au bouche-à-oreille, se répand et gagne du crédit du fait même de cette expansion. D’après les folkloristes et anthropologues de la communication qui se penchent sur ce phénomène, il n’est cependant pas exclu que, derrière toute histoire de ce type, se cache une vérité sous-jacente.
L’irréparable La foule agglutinée à l’entrée applaudit à tout va dès qu’un homme en costume de pingouin ou une femme déguisée en tulipe passe par là. Les flashs crépitent, les sourires se figent, la pellicule défile. Parmi les costumés gominés du soir, il y a Marlene Dietrich. Et Leo Spitz, un grand ponte de RKO Pictures, société de distribution de films états-unienne. Nous sommes le 21 décembre 1937, il est 20 heures. De leur côté, le Père Noël et le Père Fouettard, les pieds dans des bains d’eau salée, préparent tranquillement leur soirée du 24. Mais là, au Carthay Circle Theater d’Hollywood, a lieu la présentation officielle de Blanche Neige et les Sept Nains, le premier long-métrage d’animation des Studios Disney. Réalisé par David Hand qui, trois ans plus tard, réalisera Bambi. Le grand Walt est là en personne. Ce soir, il est ravi bien sûr. Son bébé est présenté au Monde. Ce putain de mouflet a mis six ans à voir le jour. Tu parles d’une grossesse. Quatre ans de préparation, deux ans de production. Plus de 700 personnes ont travaillé, en roulement, jour & nuit, pour accoucher de la grande pimbêche et des nabots. 800 km de papier pour en venir à bout. Des centaines de litres de peinture, d’encre. Alors ce soir, il est ravi. Bien sûr. Mais il a le cul serré comme celui d’une poule constipée. Il a du mal à cacher avec sa moustache le sourire qu’il ne fait pas. Même devant les caméras. Parce qu’en cet instantprécis, il en est pour un million et demi de dollars de sa poche. Le 21 décembre 37, cette somme représente une fortune. Un gouffre sans fond. Une balle tirée dans le pied d’un marathonien qui, quoi qu’il en coûte, continue à courir. C’est là exactement ce que Disney va faire: continuer à courir. Droit dans le mur. D’une certaine façon. Disney prend goût à ces grosses machines, humainement, techniquement & financièrement lourdes. En 40: Pinocchio & Fantasia; pour chacun d’eux, budget de Blanche-Neige doublé. En 41: Dumbo. En 42: Bambi (échec commercial à sa sortie). Le personnel des Studios a certes pu, au cours de cette période faste, parfaire sa technique. Toutes les techniques. Mais, après quelques long-métrages clinquants, coûteux et aléatoirement rentables, le service comptabilité a bien du mal à éditer toutes les fiches de paie. D’abord parce qu’il n’y a plus assez d’argent pour acheter le papier sur lequel elle sont imprimées. On est dans la merde jusqu’au cou. Quand on sait faire quelque chose mais qu’on n’a pas les moyens de le faire, l’une des solutions consiste à vendre ses enfants (ou, au moins, leurs reins) pour récupérer du fric. Une autre solution peut être de proposer ses services à quelqu’un, moyennant finances. Vendre son savoir faire à défaut de faire ce qu’on aime. Pas de quoi rougir, certes. Tout le monde doit bouffer. Mais voilà, il n’est pas question ici de Robert Tripoux, aspirant rock star, qui vend des barres chocolatées et du super sans plomb dans une station service du lundi au vendredi pour louer un garage le week-end et répéter avec ses potes en attendant de coucher avec un top model. Il s’agit du studio Disney, qui emploie plusieurs centaines de personnes pour fabriquer du rêve en Technicolor. Les flashs crépitent, les sourires se figent, la pellicule défile. Alors tout le monde serre les dents dans les studios et Disney va se vendre. Au gouvernement, aux entreprises. À qui mieux mieux. Tout cela se passe simplement. Et discrètement. Des employés de Disney rencontrent le client - quel qu’il soit - qui dit ce qu’il veut. Disney repart avec le cahier des charges sous le bras, fait sa petite cuisine et revient quelques semaines plus tard avec leur réponse au problème de communication du client. L’intérêt est de se servir des compétences des équipes pour produire des films en un minimum de temps, avec un minimum d’argent et bien sûr, de le vendre ensuite aussi cher que possible. Gratter du blé partout où c’est possible. Le 18 octobre 1946, l’équipe de Disney invite les représentants de Kotex Products à la projection d’un court-métrage de 10 minutes. Qui commence par une question: Why is Nature always called Mother Nature? Cette question et la charmante petite histoire qui s’ensuit est contée par une femme à la voix posée, légèrement grave. Rassurante. Une histoire de femmes qui sont d’excellentes maîtresses de maison, qui présentent bien en toute circonstance. Une histoire de fatigue, de sautes d’humeur, de régularité. De règles d’hygiène. Une histoire de vagin, d’ovaires, d’utérus. De sang qui n’est pas rouge mais blanc.
The Story of Menstruation Un film efficace et didactique qui explique aux jeunes filles ce qu’il en est de ces événements naturels qui les indisposent. Avec de légères pointes d’humour. Ancré dans les perceptions de l’époque. Le discours est policé mais va droit au but. Un film qui plaît au client, Kotex. Qui va diffuser ce film dans des centaines de collèges états-uniens pendant une vingtaine d’années. À l’issue de la diffusion, chaque jeune fille se voit remettre un livret, intitulé Very Personnally Yours, reprenant en détails les sujets abordés dans le court-métrage. Et présentant au passage toute une gamme de produits destinés à l’usage exclusif des femmes. Fabriqués par Kotex. Une collégienne est une jeune femme en devenir. Donc une cliente potentielle. Disney signe là un film simple. Donc pas cher. Des animations utilisées en boucle compensées par la narration très didactique en voix-off. Peu de musique - un seul thème, réutilisé. Une excellente source de revenus. Qui n’apparaît sur aucun DVD collector. Toute cette histoire pourrait tout aussi bien être du vent.
La résurrection JimHillMedia.com est un site d’actualités sur l’animation qui focalise son attention sur tout ce qui va, est ou a été pondu par la Souris ou par son père moustachu. Le mercredi 12 janvier 05 à midi, heure américaine, est mis en ligne un article de Wade Sampson. Il raconte sa rencontre avec Jim Korkis, historien de Disney. C’est pas un vrai métier, çà. Korkis, collectionneur avant tout, a dans ses archives des perles. Mugs, stylos, gommes en forme de Mickey et klaxons à l’effigie de Donald Duck. Il est également en possession d’une copie de la légende urbaine, The Story of Menstruation. 40 ans plus tard, le secret est déterré mais, à l’exception des quelques 90 millions d’adolescentes pré-pubères qui ont vu le film pendant les années 50, personne n’a vu la chose. Et les pré-pubères se contrefichaient éperdument du générique. Elles avaient déjà bien du mal à gérer leurs sautes d’humeur.
BoingBoing, immense blog fourre-tout renifleur de trucs sur la Toile, publie un billet, le 16 janvier 06, sur un fichier téléchargeable illégalement sur les réseaux peer-to-peer. Il s’agit d’une vidéo au format .mpgpesant 102 Mo. Le fichier .torrent contenant les métadonnées nécessaires au téléchargement a été créé le 10 janvier 06 à 2h32, heure française. Le lien a été posté sur le forum de Tracker 3 puis relayé par Mininova et Torrentspy, moteurs de recherche. Dans les jours qui suivent, l’un des premiers petits malins à avoir téléchargé le fichier le propose sur Youtube. Comme tout contenu qui suscite l’intérêt, cette vidéo fait le tour du net. Au fil des mois, chaque blog y va de son petit billet pour informer ces lecteurs. Une petite année est nécessaire pour que cette histoire remonte aux oreilles de la souris sympathique. Comme tout contenu soumis aux droits d’auteur, les détenteurs desdits droits tombent sur le dos de Youtube et somment ses responsables de corriger le tir. Comme tout contenu beaucoup moins sexy que Mulan et Space Mountain, cf. ci-dessus. Balayer sous le tapis le plus vite possible avant que les invités arrivent. Les flashs crépitent, les sourires se figent, la pellicule défile.
Oui mais voilà, selon les lois de la propriété au États-Unis, si le copyright n’est pas renouvelé à temps, une oeuvre oubliée entre 1923 et 1977 tombe dans le domaine public. Et Mickey voit rouge.
La propreté est l’absence de salissure, incluant poussière, tache, et mauvaise odeur. On peut distinguer propreté physique (élimination des salissures), propreté chimique (élimination des résidus de détergent), propreté biologique (élimination des micro-organismes). La propreté permet d’obtenir des propriétés particulières de certains matériaux, par exemple pour obtenir la transparence des vitres. (Source Wikipedia)
La destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30000€ d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins, sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3750€ d’amende lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger. (Article 322-1 du Code Pénal)
Cette loi, sous différentes formes, se retrouve dans la plupart des codes pénaux des pays du mondecivilisé. Le monde civilisé, c’est l’endroit où l’on autorise souvent le vote, le mariage, la justice, la police, la répression, la prison à vie, la peine de mort, le permis de conduire, les voitures qui consomment 15 litres aux 100, les gaz à effets de serre, les avions, le kérosène, les parcs d’attraction, les mines anti-personnels, la bombe atomique et les sardines en boîte.
Si l’on se réfère aux deux articles simultanément, nettoyer un mur sur la voie publique pourrait être illégal dans le monde civilisé. Et absurde. Un peu. Sao Paulo est la plus grande ville du Brésil. L’agglomération compte plus de 11 millions d’habitants. Et seulement 5 lignes de métro. Les paulistains se déplacent donc essentiellement en voiture. Pour ce faire, à disposition, il y a plusieurs centaines de kilomètres de route qui filent tout droit, à gauche, à droite, à sens unique, à double sens, sur un pont, sous un tunnel. Parmi lesquels le Max Ferrer tunnel, qui fait la jonction en Avenida Europa et Cidade Jardim. C’est justement là qu’Alexandre Orion décide de se promener, un rideau blanc déchiqueté sous le bras, le 13 juillet 2006. Joli métissage franco-brésilien, beau brun ténébreux, la trentaine épanouie, Alexandre est diplômé des Beaux-Arts. Actif sur la scène Graffiti brésilienne depuis 95. Pour manger et payer soin loyer, il est illustrateur pour divers magazines locaux. Photographe autodidacte, il aime à mettre en scène ses oeuvres picturales avant de les immortaliser. Et, depuis le 13 juillet 2006, il s’adonne à la pratique du frottis-frotta mural. OSSARIO. ART LESS POLLUTION. À l’aide de chiffons et de son index, il va, petit à petit, nuit après nuit, nettoyer la suie accumulée sur les parois du tunnel pour mettre en relief ce qu’on peut lire sur tous les murs de toutes les grandes métropoles du monde civilisé. Ça sent la mort. Le temps d’un battement de cil, les regards sont tournés vers ces longues artères sans vie, suintantes & répugnantes, qui jalonnent - défigurent? - les paysages urbains. 160 mètres de fresque partiellement propre.
À Sao Paulo, immense métropole du monde civilisé, nettoyer un mur n’est pas un délit. La pollution, oui. L’honneur est sauf.