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Nettoyer, reconstruire, travailler, se reproduire, consommer, travailler, consommer, parfois se divertir puis travailler et consommer encore. Et puis mourir. 
Dans les livres d’Histoire, on appelle cette période “les Trente Glorieuses”. Après la Deuxième Guerre Mondiale, avant le choc pétrolier de 74 lié à la guerre du Kippour de 73. 
C’est également au cours de cette période que consommation & promotion ont commencé à rimer. 

Le 3 février 1957, à 20h50, apparaît sur les écrans monochromes italiens une émission diffusée par la RAI : Carosello. Celle-ci a une fonction publicitaire : les annonceurs de l’époque s’y bousculent pour promouvoir leurs dernières trouvailles destinées à combler les ménages. C’est un joyeux flou artistico-promotionnel, la publicité à la télévision n’étant pas encore, à l’époque, clairement définie (donc réglementée). Malgré le flou, les formats sont, eux, bien précis. Chaque émission, diffusée quotidiennement, dure 10 minutes et est composée de 4 “sketches” de 2 minutes & 15 secondes chacun dont 35 secondes consacrées à la publicité. Soit 9 minutes. La dernière minute est faite d’interludes musicaux des plus sympathiques. Les sketches sont produits exclusivement pour l’émission, à la demande de la RAI et des annonceurs, par des sociétés de production audiovisuelles. 
Pour le public, l’émission devient vite un rendez-vous aussi immanquable que la météo ou le journal. Pour les enfants particulièrement, c’est le dernier instant ludique de la journée. C’est un programme familial, le contenu est contrôlé et les sketches prennent souvent la forme de court-métrages d’animation - appelés fumetti, support d’expression auquel sont particulièrement sensibles nos amis les bambini

Parmi les grands annonceurs nationaux, il y a Lagostina, fabricant d’ustensiles de cuisine depuis 1901. Casseroles, poêles, passoires… Toute une série de récipients & accessoires qui permettent à chacun chacune de s’amuser. En 1968, Lagostina décide de promouvoir ses produits dans Carosello & confie le développement de la campagne à l’agence ODG. Qui fait appel à un sympathique quadragénaire du nom d’Osvaldo Cavandoli. 
Mais tout le monde l’appelle Cava. 
En 36, Cava trouve un poste de dessinateur technique chez Alfa Romeo. En 43, lassé d’user ses crayons pour croquer des boulons et des pots d’échappements, il se tourne vers l’animation. Jusqu’en 50, il collabore avec Nino Pagot, futur créateur de Calimero (qui apparaît en Italie en 1963 - dans Carosello). Puis Cava devient réalisateur et producteur de ses propres oeuvres. 
Et c’est donc à la demande d’ODG qu’il crée Agostino Lagostina - surnommé Balou. Qui, à l’époque, est présenté ainsi avant la 1ère diffusion du spot: “Nous vous annonçons un heureux événement. Agostino Lagostina est né. Qui est Agostino? Un petit homme vif au nez vraiment expressif, plein de toutes les instances et inquiétudes de la vie moderne. Fils d’un crayon et d’une main.” 
Devant l’enthousiasme suscité par Balou, Cava décide de produire, en 72, une première petite série de 8 épisodes (dont les images seront directement tirées du spot pour Lagostina). Il reçoit, la même année, un prix pour ces épisodes au Festival du Film d’Animation d’Annecy. 
Par la suite, deux autres séries (numérotées de 101 à 156 puis 200 à 225) voient le jour sous le crayon de Cavandoli. 
90 épisodes seront produits au total entre 72 & 84. 
En France, La Linea est diffusée à partir de 77 dans L’île aux enfants. Puis rediffusée, quelques années plus tard, dans Cellulo sur la Cinquième. 
Pour ceux qui n’auraient pas reconnu, Balou parle le charabia. C’est un dialecte très particulier: sonorités italiennes, palabres anglaises et parfois germaniques. Ce travail est le fruit de Carlo Bonomi, clown italien, qui improvisait systématiquement après avoir visionné les bandes. Le thème musical est l’oeuvre de Franco Godi. 

Une main, un crayon blanc, une ligne. Et mille idées. 

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