Un plan simple.
Rentrer du boulot, pianoter sur l’ordi, survoler deux trois news, grignoter, bouquiner. Et ronfler.
Muchacho!
Intervention électronique de Mateo. Wax Tailor. Enregistrement à Radio France. Gratos. Info glanée par K-Pu deux jours plus tôt. Décollage dans dix minutes.
Saut de puce jusqu’à chez lui. Puis traversée de Paris sur un filet de gaz. La rue d’Avron se déroule jusqu’à celle de Montreuil. Qui s’accouple au faubourg Saint-Antoine pour porter le monde entier à Bastille. Rapide tour de manège pour récupérer la rue Saint-Antoine et s’enfiler l’une des lignes droites les plus cool de Paris. Rivoli. Zig-zag et coups de gaz pour pimenter la ballade.
Épreuve tout terrain de Concorde. Le moindre pavé s’est fait matraquer, année après année, par le climat et le trafic. En bécane, c’est le tassement de vertèbres assuré. Ricochets saccadés jusqu’aux quais qui ornent la Seine. Tranquille glissade jusqu’à une révélation de taille: il y a quelque chose après la Tour Eiffel.
Tu savais ça, toi?
Ce bout du monde en carte postale n’est qu’une étape. Un truc au milieu d’autres trucs. Il y a, après, des choses incroyables. Routes, ponts, immeubles, trottoirs, feux rouges et priorités à droite. Une société humaine civilisée. L’ouest parisien.
Et Radio France apparaît enfin. Et la file d’attente refroidit. Et K-Pu atterrit. Et elle est refroidie aussi. Et elle se renseigne. Et c’est plein. Et même pas rêve.
Et merde.
…
Concertation.
On bouge.
Ravitaillement puis montée de régime jusqu’à St-Michel. Touristes et étudiantes gloussent en dodelinant. Les rabatteurs polyglottes sourient comme des escrocs à l’entrée des restaurants. Et La Guillotine est à sa place. Rue Galande.
Petit pub avec une repro, à l’échelle 1/2, de ladite chose qui soutient le plafond.
Tu sais qu’en fait, ce truc a été mis en place bien après la Révolution? J’me d’mande si c’était efficace à 100%.
K-Pu ouvre le bal avec la Culture G. C’est le docteur Antoine Louis qui, en 1792, conseille l’utilisation d’une lame oblique pour en garantir l’efficacité. Les lames horizontales, utilisées auparavant, comptaient quelques ratés. Louis XVI himself a approuvé les lames obliques.
La-Lee et aLX-Ya, greffées à l’équipée depuis l’entrée dans La Guillotine, partent vite en vrille. La-Lee, pulpeuse comme une agrume. aLX-Ya, regards perçants et rires francs.
Les 3 divas, K-Pu inclus, délirent dans tous les sens. Mateo ne contient plus ses fous-rires et ses blagues foireuses.
Bière, cacahuètes et potes. Le meilleur dîner du monde.
Le litre reste le meilleur degré de mesure pour les liquides. Simple à additionner. Et à partager. Rapide à commander au tenancier.
Par contre j’ai pas de pichet.
Des chopes d’un litre.
En porter une revient à se luxer une épaule. En porter deux, c’est s’avouer vaincu.
Tu sais que pendant la fête de la bière, les nanas en portent jusqu’à six par main?
La-Lee y va de son petit laïus France Culture, elle aussi.
La conversation se détraque gentiment. Mais gentiment. À mesure que les litres s’additionnent.
On va à l’Olympic après. Vous venez, les gars?
Minauderies et demie-teintes. En se levant, K-Pu kidnappe casque et sac à dos. Prise d’otage impulsive. L’un sur la tête, l’autre attaché à sa cheville. Traîné, humilié.
Photo souvenir décalée pour touristes. Lèche-vitrines. Boutique de souvenirs et accessoires.
9.90? C’est trop cher...
Le boulet humilié à sa cheville, K-Pu prend un chapeau sur un étalage. Un pas chassé plus tard, il est sur sa tête.
Les chemins se séparent. Antivol, démarrage, casque, serpillière sac à dos, gants.
J’suis passager. Je vais où la moto va. J’peux rien dire.
Mateo se défile.
Traversée de La Cité en un tour de poignée puis enfilade d’une autre ligne droite, plutôt sympathique, de la Capitale.
Sébastopol.
La fréquence des sinusoïdes augmente. Electrocardiogramme sur le bitume pour trouver sa place dans le flot des boîtes à roue.
Bifurcation sur Magenta à l’église Saint-Laurent. Barbès, très vite. Puis Château Rouge et c’est le dédale du 18ème. Le paradis des sens uniques.
Feux de détresse. Sens interdits par paquets de douze avant de tomber sur l’Olympic Café.
Devant l’entrée, sur le macadam, trône un tas de ferraille. Peugeot. Deux roues, un moteur. Sélecteur de vitesses au pied gauche. Pédale de frein à droite. Double selle à suspensions indépendantes. Une adolescente pendant la Seconde Guerre, un vestige aujourd’hui. Dépecé. Délabré.
Le genre d’objet qui, pour une raison étrange, donne envie de pleurer.
PACE
Le drapeau multicolore donne le ton au dessus du bar.
Larmes retenues, comptoir investi.
Susie, la dévoreuse d’âmes par les yeux, est la Reine ce soir. L’Italie l’accueille le lendemain.
K-Pu et La-Lee entrent en fanfare. K-Pu a un cadeau. Un chapeau. Susie éclate de rire, accepte et ne pose pas de questions.
Barman sollicité, mise à l’aise progressive. Le sol des toilettes est une patinoire, les verrous un souvenir.
Le barman revient les mains pleines.
Bière, rondelles de banane et potes. Le meilleur dessert du monde.
La discussion s’étale avec Mateo sur les futurs possibles. En fond sonore, des rires.
Clope sur le pas de la porte. Rapides coups d’oeil au vestige.
Accolades et adieux.
Retour au bercail. Tranquille et doux.
Dernière cigarette. La rumeur s’essouffle lentement.
Réveil douloureux, douche salvatrice. Sacs à dos serpillière sur le dos. Boulot.
Un plan simple.
So glad to meet’cha, Angeles
À Château-Rouge, des ombres se détachent des portes cochères. Des sirènes aux dents déchaussées poussent leur chansonnette.
Sub-Sub-SU-BU-TEX!
Produit de substitution vendu à l’arrache en guise de flash ultime. Comme un DVD porno présenté comme un plan cul quatre étoiles, menottes et gants Mappa inclus. Il y a bien un zonard qui va se laisser tenter.
La boulangerie du quartier. Le royaume des fringales. Palace ouvert toutes les nuits même le dimanche. Pain, viennoiseries, pizzas et quiches à toute heure. Ali-baba du cholestérol.
A Barbès, camés surexcités et civils mal déguisés s’ignorent poliment. Sur les boulevards, des couples frissonnants, des bandes de potes égarées et des Vélib’ déséquilibrés. La Chapelle est morte. Stalingrad ronronne. Puis le serpent Secrétan-Bolivar se déroule jusqu’à la ligne d’arrivée. Franchie en dodelinant, un sourire béat sur les lèvres. Elliott Smith qui chuchote dans les oreilles.
Drinking Rhum and Co-caaa-cola
Six jeunes femmes toutes plus ravissantes les unes que les autres. A toi de voir… On a commencé à picoler à 15 heures…
18 heures. K-Pu annonce la couleur.
Weed. Douche. Tenue de soirée. Métro bondé. SMS.
Tu peux ramener du coca?
Monop’ du coin. File d’attente de samedi soir: fêtards en puissance et retardataires de l’obligation hebdomadaire.
Et la porte s’ouvre. Pulpeuse K-Pu et ses ressorts capillaires. Anne, la coloc’, et son élégante finesse. Susie et ses grands yeux dévoreurs d’âme. Maya, Paula et Juliana, trois colombiennes qui ont mangé un clown au p’tit déj’.
Soirée bilingue et colorée.
Moitié rhum, moitié coca. Une larme de sucre de canne. Chaque gorgée est un tour de vis dans l’oesophage. Et tout le monde en redemande.
Sujets abordés: casting télé, poulet tropical, arroz con coco, envie soudaine de dessert et audace de la playlist. Entre autres…
Bonheur surréaliste.
Quelques tours de vis plus tard, préparation de gourdes pour tenir la route jusqu’à la prochaine étape.
Yo Lee Roy
Quatre stations en un éclat de rire. Une gourde bilingue rhum-coca se fait casser la gueule sur le trajet. À la sortie du métro, les six ravissantes se laissent nonchalamment glisser jusqu’au Centre musical Fleury. Où une septième attend patiemment, dévorant un complet sauce blanche grand comme un obélisque.
Première partie douce et agréable qui réchauffe lentement les visages, puis vient l’entracte. Pause clope accélérée, giflés par le froid. La deuxième gourde se fait vriller tranquillement jusqu’à l’arrivée de Sporto Kantès.
La petite bande forme un cercle. Au centre, un autel de vestes roulées en boules, de sacs à main planqués et de carburant en gobelets d’un demi litre. Périmètre de sécurité.
Les ravissantes s’enflamment, le public se réchauffe. De l’étudiant en 3ème année de Trucs Inutiles au quinquagénaire déglingué par la nuit, la gente masculine se trémousse vigoureusement derrière la demie douzaine de donzelles rieuses et explosives. Plus une: la septième, à niveau en dix minutes et deux pintes.
Les galettes s’enchaînent. Les donzelles virevoltent, le public vole.
Progressivement, les troupes se dispersent. Anne et Plus Une se faufilent et s’éclipsent, K-Pu veut grimper sur scène, les colombiennes font un pas de côté pour reprendre leur souffle.
Tout le monde dehors en trois pas de danse. Les mangeuses de clowns s’éclipsent. Et K-Pu mène la marche. Par le chemin des écoliers. Droite. Gauche. Ou droite, peut-être bien.
Attends, j’ai un doute.
Détour par l’épicerie de Salah. Qui sort le vin rouge et les gobelets blancs. Évocation de souvenirs, plaisanteries avec la clientèle de passage. Sourires de toutes les couleurs.
Un dernier virage à gauche. Une ligne de basse frémit.
Et la porte s’ouvre sur un cours de chimie. Des électrons s’entrechoquent, s’entremêlent et s’emballent. Anne et Plus Une sont là, agrippées à la table des boissons. Elektrik K-Pu dézingue le dancefloor.
Les murs tremblent, les voisins se plaignent, la vie est belle. Discussions de dix secondes, décousues et éclectiques.
Un assoupi sur les marches qui mènent à l’étage. Un autre sur le lit-vestiaire. Un autre encore, sur un canapé. Signes avant-coureurs. Rester et sombrer. Ou partir et respirer…
La porte aspire des convives, en expire d’autres. Un souffle plus tard, le froid câline. Cents mètres vers la gauche. Non. Demi-tour. Plutôt à droite. Chemin des écoliers. Un autre.
Un sourire béat sur les lèvres. Elliott Smith qui chuchote dans les oreilles.
Fascinant, passionnant. Et drôle.
Transcript:
If you’ve learned a lot about leadership and making a movement, then let’s watch a movement happen, start to finish, in under 3 minutes, and dissect some lessons:
A leader needs the guts to stand alone and look ridiculous. But what he’s doing is so simple, it’s almost instructional. This is key. You must be easy to follow!
Now comes the first follower with a crucial role: he publicly shows everyone how to follow. Notice the leader embraces him as an equal, so it’s not about the leader anymore - it’s about them, plural. Notice he’s calling to his friends to join in. It takes guts to be a first follower! You stand out and brave ridicule, yourself. Being a first follower is an under-appreciated form of leadership. The first follower transforms a lone nut into a leader. If the leader is the flint, the first follower is the spark that makes the fire.
The 2nd follower is a turning point: it’s proof the first has done well. Now it’s not a lone nut, and it’s not two nuts. Three is a crowd and a crowd is news.
A movement must be public. Make sure outsiders see more than just the leader. Everyone needs to see the followers, because new followers emulate followers - not the leader.
Now here come 2 more, then 3 more. Now we’ve got momentum. This is the tipping point! Now we’ve got a movement!
As more people jump in, it’s no longer risky. If they were on the fence before, there’s no reason not to join now. They won’t be ridiculed, they won’t stand out, and they will be part of the in-crowd, if they hurry. Over the next minute you’ll see the rest who prefer to be part of the crowd, because eventually they’d be ridiculed for not joining.
And ladies and gentlemen that is how a movement is made! Let’s recap what we learned:
If you are a version of the shirtless dancing guy, all alone, remember the importance of nurturing your first few followers as equals, making everything clearly about the movement, not you.
Be public. Be easy to follow!
But the biggest lesson here - did you catch it?
Leadership is over-glorified.
Yes it started with the shirtless guy, and he’ll get all the credit, but you saw what really happened:
It was the first follower that transformed a lone nut into a leader.
There is no movement without the first follower.
We’re told we all need to be leaders, but that would be really ineffective.
The best way to make a movement, if you really care, is to courageously follow and show others how to follow.
When you find a lone nut doing something great, have the guts to be the first person to stand up and join in.